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14 octobre 2026 · 8 min de lecture

L'Union latine : quand l'Europe partageait déjà sa monnaie

L'Union latine : quand l'Europe partageait déjà sa monnaie

Un Vreneli suisse, une 20 lires italienne, une 20 francs belge et un Napoléon français pèsent exactement le même poids et contiennent exactement la même quantité d’or. Ce n’est pas un hasard : ces pièces sont les héritières de l’Union latine, une union monétaire conclue au XIXe siècle, bien avant l’euro. Comprendre son histoire, c’est comprendre pourquoi tant de pièces d’or différentes se négocient aujourd’hui au même prix.

Avant l’Union : le franc germinal

Tout part de la loi du 7 germinal an XI (28 mars 1803), qui fixe le franc français. Le système est bimétallique : la monnaie est définie à la fois en or et en argent, avec un rapport légal de 15,5 entre les deux métaux. Un kilogramme d’or vaut, par la loi, 15,5 kilogrammes d’argent.

La pièce de 5 francs en argent pèse 25 g au titre de 900 millièmes ; la pièce de 20 francs en or pèse 6,45 g au même titre. Ce système, simple et décimal, est adopté ou imité par plusieurs pays voisins au cours du siècle : la Belgique dès son indépendance, la Suisse en 1850, puis le jeune royaume d’Italie.

1865 : la convention

Au milieu du siècle, le rapport entre l’or et l’argent sur le marché s’éloigne du rapport légal de 15,5. Les découvertes d’or en Californie et en Australie font baisser l’or par rapport à l’argent ; les pièces d’argent, qui valent plus que leur valeur faciale en métal, sont fondues ou exportées. Chaque pays réagit en baissant le titre de ses petites pièces d’argent, mais pas de la même façon, et les pièces les plus pauvres en argent envahissent les pays voisins.

Pour mettre fin à ce désordre, la France, la Belgique, la Suisse et l’Italie signent à Paris, le 23 décembre 1865, une convention monétaire. On l’appelle rapidement l’Union latine. Ses principes :

La Grèce rejoint l’Union en 1868. D’autres pays, sans adhérer formellement, frappent des pièces au même standard : l’Espagne, la Roumanie, la Serbie, la Bulgarie ou encore plusieurs pays d’Amérique latine.

Les pièces de l’Union

C’est la période où la 20 francs or devient une pièce internationale. Chaque pays frappe ses propres types, avec son souverain ou son symbole national, mais toujours au même poids et au même titre :

PaysPièce de 20 au standard latin
France20 francs (Napoléon III, Génie, Marianne Coq)
Belgique20 francs (Léopold Ier, Léopold II, Albert Ier)
Suisse20 francs (Helvetia, puis Vreneli)
Italie20 lires
Grèce20 drachmes

C’est la raison pour laquelle toutes ces pièces contiennent 5,81 g d’or fin et se négocient aujourd’hui à des prix très proches.

La fin du bimétallisme

Dans les années 1870, le mouvement s’inverse. L’Allemagne, après sa victoire de 1871, adopte l’étalon-or et vend massivement son argent. Les mines américaines du Nevada augmentent fortement la production. Le prix de l’argent s’effondre, et avec lui l’équilibre du système : il devient rentable d’acheter de l’argent bon marché, de le faire frapper en pièces de 5 francs et de les échanger contre de l’or.

Les pays de l’Union limitent d’abord la frappe des écus d’argent, puis la suspendent en 1878. Dans les faits, l’Union latine fonctionne dès lors sur un étalon-or boiteux : l’or est la vraie référence, les pièces d’argent déjà frappées continuent de circuler à leur valeur faciale.

Les tensions et la dissolution

L’Union survit à des tensions répétées. L’Italie et la Grèce, en difficulté budgétaire, émettent du papier-monnaie et voient leurs pièces d’argent fuir vers la France et la Suisse. Des conventions successives tentent d’organiser le rapatriement des pièces de chaque pays.

La Première Guerre mondiale porte le coup final. Les États suspendent la convertibilité en or de leurs billets, les pièces d’or disparaissent de la circulation, thésaurisées par les particuliers ou rassemblées par les banques centrales. Les monnaies des pays membres prennent des valeurs différentes. La Belgique annonce son retrait en 1925, et l’Union latine prend fin le 1er janvier 1927.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Plus d’un siècle après, l’Union latine reste visible dans les coffres des épargnants. Les 20 francs français, belges et suisses, les 20 lires italiennes s’échangent comme une seule et même famille de pièces, avec un contenu en or identique. Les écus de 5 francs en argent, frappés en quantités considérables, se retrouvent aussi très souvent dans les successions.

Elle est également, pour les historiens, l’exemple le plus abouti d’union monétaire européenne avant l’euro, et une leçon sur la difficulté de maintenir une monnaie commune entre des États aux politiques budgétaires différentes.

Pour découvrir les pièces nées de ce standard, voir nos fiches 20 francs or Génie, Napoléon III tête nue, 20 francs suisse Vreneli et 5 francs Hercule argent.

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