Comment reconnaître un faux Napoléon

La 20 francs or est la pièce d’or la plus échangée en France. C’est aussi, logiquement, l’une des plus copiées. Les faux grossiers se repèrent en quelques secondes ; les copies soignées, frappées dans un alliage d’or de bon titre mais au poids un peu faible, demandent davantage d’attention. Voici les contrôles à faire, du plus simple au plus technique, et les limites de chacun.
Ce que doit mesurer un vrai Napoléon
Toutes les 20 francs or françaises frappées au standard de l’Union latine, du Napoléon Ier à la Marianne Coq, partagent les mêmes caractéristiques :
| Caractéristique | Valeur de référence |
|---|---|
| Poids | 6,45 g (6,4516 g exactement) |
| Titre | 900 millièmes (or à 21,6 carats) |
| Or fin | 5,81 g |
| Diamètre | 21 mm |
| Métal d’alliage | cuivre |
Ces chiffres sont le point de départ de tout contrôle. Une pièce authentique peut avoir perdu quelques centièmes de gramme par l’usure, surtout les plus anciennes, mais un écart d’un ou deux dixièmes de gramme doit alerter.
Premier contrôle : la balance
Une balance de précision au centième de gramme coûte quelques dizaines d’euros. C’est l’outil le plus utile pour un particulier. Une pièce de 6,45 g est conforme ; une pièce de 6,40 g peut être une vraie pièce très circulée ; une pièce de 6,20 g ou de 6,80 g n’est pas une 20 francs authentique en bon état.
Le poids seul ne suffit pas : un faussaire peut ajuster le poids d’une pièce en métal moins dense en augmentant légèrement son épaisseur ou son diamètre. C’est pourquoi on mesure toujours la pièce en même temps qu’on la pèse.
Deuxième contrôle : le pied à coulisse
Le diamètre doit être de 21 mm. L’épaisseur, elle, varie un peu selon les types, mais une pièce sensiblement plus épaisse qu’une autre 20 francs du même type est suspecte. L’idéal est de comparer avec une pièce dont on est sûr : posées côte à côte, deux pièces du même type doivent avoir exactement le même gabarit.
L’or est un métal très dense. Pour obtenir le même poids avec un alliage moins dense, le faussaire n’a pas d’autre choix que d’agrandir la pièce. C’est ce qui rend la combinaison balance et pied à coulisse si efficace.
Troisième contrôle : la tranche
Les 20 francs or françaises portent une inscription en relief sur la tranche. Selon les époques, on y lit « DIEU PROTÈGE LA FRANCE » ou « LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ ». Sur une pièce authentique, les lettres sont nettes, régulièrement espacées et parfaitement alignées. Une tranche lisse, des lettres empâtées, des espacements irréguliers ou une inscription qui ne correspond pas au type de la pièce sont des signaux d’alerte.
Quatrième contrôle : le dessin
Prenez une loupe de grossissement 10. Sur une vraie pièce, les détails fins (cheveux, plumes du coq, lettres de la légende) sont nets et le champ est lisse. Les copies coulées présentent souvent :
- des petits trous ou des grains dans le champ, dus au moulage ;
- des reliefs mous, sans arêtes vives ;
- des lettres de la légende légèrement déformées ;
- une couleur trop jaune ou trop uniforme, sans la légère teinte rosée que donne l’alliage au cuivre.
Comparez toujours avec une photo de référence d’un catalogue ou, mieux, avec une pièce authentique.
Cinquième contrôle : l’aimant et le son
L’or n’est pas magnétique. Une pièce qui colle à un aimant puissant contient du fer ou du nickel : c’est un faux, sans discussion. L’inverse ne prouve rien, car beaucoup de métaux non magnétiques peuvent servir à une contrefaçon.
Le test du son consiste à faire tinter la pièce en la posant en équilibre sur un doigt et en la frappant légèrement avec une autre pièce. Une pièce d’or authentique rend un son clair et prolongé. Un son mat ou court doit faire douter. Ce test demande de l’habitude et ne remplace pas la balance.
Les dates à surveiller
Certains millésimes rares valent bien plus que le poids d’or qu’ils contiennent. Ce sont eux que les faussaires visent en priorité, parfois en modifiant la date d’une pièce courante authentique. Si une pièce est présentée comme rare et vendue avec une forte prime, faites-la examiner par un numismate avant d’acheter. Pour une pièce courante vendue au prix de l’or, le risque financier est plus limité, mais il existe.
Ce que seul un professionnel peut vérifier
Les copies les plus dangereuses sont celles frappées dans un or de bon titre, au bon poids, avec des coins de qualité. Elles ont parfois circulé pendant des décennies. Pour les identifier, un professionnel dispose d’outils qu’un particulier n’a pas :
- la mesure de densité par pesée hydrostatique ;
- l’analyse par fluorescence X, qui donne la composition de l’alliage sans abîmer la pièce ;
- la comparaison avec des coins de référence et la connaissance des faux déjà répertoriés.
En cas de doute sérieux, c’est la seule voie fiable. Évitez en revanche les tests à l’acide ou à la pierre de touche sur une pièce que vous comptez revendre : ils laissent une trace.
Acheter sans prendre de risque
Le moyen le plus simple d’éviter les faux reste d’acheter auprès d’un professionnel établi, qui garantit l’authenticité des pièces qu’il vend et accepte de les reprendre. Méfiez-vous des prix trop bas : personne ne vend un Napoléon nettement sous le cours de l’or.
Pour les caractéristiques de chaque type, voir nos fiches 20 francs or Marianne Coq, 20 francs or Génie et Napoléon III tête laurée.



